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Poème N°15
Goût d'eau en suspension au bord de mer, traversées par la lumière du soleil
Tirage N°15

Le goût du sel

Ancrage. Eaux turquoise. Une fosse marine à gauche, une fosse marine à droite. Symétriques. Elles portent la couleur de leur profondeur. Noires, intensément obscures. Le bleu des eaux calmes qui les entourent n’en ressort que plus vif, plus froid, plus captivant. Et captivé je l’étais. Mon ancre était jetée. J’avais mon port d’attache dans ce bel océan. Il n’y avait pas d’eaux plus douces que tes iris. Je ne pouvais plus détourner mes yeux des tiens.

Voyage. Eaux turquoise. J’ai vogué dans tes yeux au rythme des marées, bercé par le vol des mouettes et leurs rires qui perçaient le ciel. Tu m’as emporté avec toi, tendrement. Violemment, tu m’as aussi fait tanguer au milieu des tempêtes, déchaînées. Mais il en fallait bien un peu, pour mieux apprécier avec nos cœurs battant la chamade à l’unisson, nos tendres virées nocturnes. Virées où nous nous laissions bercer par le mélodieux clapotis de nos rêves, et la lumière des étoiles qui scintillaient au fond de nos yeux. La croisière d’une belle vie à deux, où je ne pouvais me perdre puisque tu étais mon phare dans la nuit.

Naufrage. Eaux turquoise. Bleu vif, froid. Les eaux grondaient. Les vagues, elles frappaient, elles étaient incontrôlables. Quel vacarme ! J’essayais de les affronter ces vagues, une à une, retenant mon souffle, plongeant aussi profondément que je le pouvais, je relevais la tête, elles ne s’arrêtaient plus. Je me perdais. Ma lumière, ma lumière à l’horizon où était-elle ? Je t’en prie, reste avec moi ! Amarre-toi ! Je criais, à bout de force. Epuisée, tu me déposas sur une île déserte. Un bout de terre où je ne te verrai plus. Toi, toi tu as pleuré. Et moi, moi j’ai hurlé. Mon cœur, dans un mouvement lent-rapide s’est ouvert, telle la mer Rouge entre les mains de Moïse. Maintenant, tes yeux ne faisaient plus qu’un avec l’océan. Tes os, je les pensais dans chaque grain de sable. Notre vie, le temps d’un océan. Un océan qui n’existait qu’avec toi, dans le bleu de tes yeux. Plus jamais je ne voudrai goûter son sel nourri par tes larmes, réveil de ma douleur. Je resterai naufragé de ton île et j’attendrai que dans une vague, tu viennes enfin m’emporter, me ramener à toi. Seulement alors, j’apprécierai le goût du sel.

Mélina Cointe Da Silva