S’ouvre dans un nouvel onglet
Poème N°16
Goutte d'eau au bord d'une feuille, une photo en noir et blanc
Tirage N°16

Longuement éphémère

Longuement éphémère

Quand la pluie tombe, avec mes sens, j’embrasse l’histoire paroxysée.

Sentir. Le pétrichor, douce odeur fraîche et musquée, animée par la pluie. L’eau, de chacune de ses gouttes vient emprisonner mille et une odeurs qui avaient imprégné le sol et à chaque pluie réveillent mes narines. L’affaire d’une succincte inspiration.

Entendre. Enivrée par la lourdeur du silence, je laisse mes oreilles traîner, à l’affût du moindre bruit. Ma quête est rapidement satisfaite, quand l’eau des nuages vient battre les vitres du salon. Mélodie d’abord douce, tambour battant, elle s’accélère, et les gouttes chantent fort. Mais leur bruit continue de sonner juste. L’affaire d’une brève vibration de tympan.

Toucher. Elle mouille mon visage. Quelques gouttes viennent faire leur lit dans les rides de mon sourire. Leur froid exaspère un frisson né quelques instants auparavant. Du bout du doigt, j’attrape un bout de pluie. Je l’effleure en essayant de ne pas le heurter. Mais à la chaleur de ma main, elle n’est qu’évanescence. Affaire d’un fugitif contact.

Goûter. Habitude d’enfant, j’expose quelques-unes de mes papilles. Elles se rafraîchissent à la froideur des gouttes et éveillent un goût ferreux et calcaire. A la différence de son odeur, je ne préfère pas exagérer ce sens. L’affaire d’une courte expérience papillaire.

Regarder. La pluie sait se parer d’une infinité de couleurs lorsqu’elle accepte de se faire chatouiller par le soleil. Et alors, sans vergogne, je plonge mes yeux dans sa robe et laisse mon cœur se réchauffer par ses belles teintes. Mes pupilles se dilatent, affaire d’un fugace regard.

Instantanément, avec chacun de mes sens, j’ai embrassé la brièveté de la pluie. Brièveté qui pourtant ramène l’histoire, longuement éphémère. La goutte d’eau qui s’est posée sur mon visage, est peut-être déjà tombée sur le visage d’un Homme de Néandertal, puis a été brassée dans le cycle de l’eau, pour retomber, aujourd’hui, parmi les millions de gouttes que j’ai regardées, touchées, goûtées, écoutées.

La mise en abîme d’un éphémère, qui donne à un instant, un peu plus de temps.

Mélina Cointe Da Silva