Poème N°14
Tour eiffel en noir et blanc
Tirage N°14

Dans Paris

Deux points dans Paris, à relier, à pieds, ou sur les rails.
Mes pensées fusent, dans les deux cas. Je m’arrête enfin de sauter d’idée en idée et me laisse emporter dans la poésie des femmes qui se maquillent dans le métro, véritable jeu d’adresse.
Le rythme effréné qui appelle la routine matinale sur les rails.
La voilà, qui se pose enfin, le souffle un peu coupé, mais tant pis le temps ne lui permet pas de le reprendre.
Avec une habileté déconcertante, en deux temps trois mouvements, voilà que ses yeux, que je voyais juste un peu marrons, révèlent leur subtilité sous les fards de ses paupières. Des yeux verts, qui foncent et deviennent marrons sur l’extérieur, une forêt dans l’iris. Au tour maintenant de ses cils, deux coups de brosse et voilà deux yeux de gazelle qui arborent une courbure parfaite et subliment, eux aussi, le spectacle irisé qui se joue autour de ses pupilles.
Elle ne se maquille pas plus, juste assez pour mettre en lumière les armes fatales de son visage.
Seulement, elle finit par caresser ses lèvres d’un gloss brillant. Leur couleur rose vif suffit déjà à s’accorder avec les couleurs qu’elle a choisies de déposer sur ses yeux.
Un dernier coup d’œil dans le poudrier, un air de satisfaction, les portes du métro s’ouvrent, juste le temps de jeter tout le toutim dans le sac et la voilà qui se jette hors de la rame, laissant derrière elle les embruns, poudrés et vanillés, de la fragrance qu’elle a pris le temps de déposer sur elle tel un délicat foulard.

Mélina Cointe Da Silva